"Enfants sacrifiés" ... "Viols de jeunes filles" ... "Bétails massacrés pour un quelconque rituel"... Il existe une liste exhaustive de ces méfaits et aussi toutes sortes de clichés qui
nécessitent peut - être d'être éclaircis à propos du sujet "sulfureux" qu'est le satanisme.
Alors qu'il existe de nombreux recueils à propos des sectes ou des nouveaux mouvements
religieux, il n'existe pas d'écrits offrant une analyse du satanisme de niveau acceptable.
La seule source disponible est de caractère polémique ou alors de livre traitant d'un fait
sans approfondir le sujet.
On ne se concentrera pas sur les "crimes satanique" et les polémiques qui s'y rapportent. On ne traitera pas non plus le diable du point de vue de la théologie, de l'histoire de l'art ou de la littérature et on se s'occupera pas d'avantage de la possession diabolique, étant donné que possession et satanisme sont des phénomènes structurellement différents. En effet, sans trop forcer les choses, on peut dire que le sataniste cherche le diable(et souvent ne le trouve pas), tandis que le possédé est trouvé par le diable(que, très souvent, il n'avait pas recherché). Une histoire culturelle et sociologique du satanisme contemporain ne doit pas être confondue avec une histoire des phénomènes de possession diaboliques ni avec une anthropologie de l'exorcisme. D'un point de vue historique et sociologique, le satanisme peut être défini comme l'adoration ou vénération, par des groupes organisés sous forme de mouvements, grâce à des pratiques répétées de type cultuel ou liturgique, du personnage dénommé, dans la Bible, Satan ou le Diable. D'un point de vue théologique, il peut être estimé que les satanistes - même n'adorant pas explicitement le Diable, même s'ils nient son existence - sont les groupes qui manifestent de l'aversion ou de la haine pour Dieu et proposant de devenir comme Dieu au travers de pratiques magiques ou occultes(comportant souvent une part d'immoralité et de violence). Cette définition plus large du satanisme est parfaitement légitime, peut-être même nécessaire, dans le cadre de la théologie; Mais l'historien et le sociologue ont besoin de délimiter le cadre du satanisme de manière plus circonscrite, afin d'en identifier les éléments distinctifs à l'intérieur du monde bien plus vaste de l'occultisme et de la magie cérémonielle.
Le but de ce travail consiste à étudier la subculture du satanisme non seulement dans son histoire interne, à savoir ses rapports avec la plus vaste subculture de l'ésotérisme et de l'occultisme, mais aussi dans l'histoire externe, à savoir dans ses relations avec les formes culturelles dominantes. Comme on le verra, c'est seulement au XIX° siècle que des ressources socialement importantes sont mobilisées autour du satanisme et des polémiques qui s'y rapportent. Il ne s'agit d'ailleurs pas toujours des mêmes ressources, ni du même type de mobilisation.
1.1 Quelques définitions.
La religion satanique n'est pas une croyance ou une foi religieuse au sens strict du terme, mais elle revêt différents aspects pratiques et idéologiques propres à toutes les religions: des rites, certaines organisations hiérarchiques - "prêtres", victimes de tous ordres - et différente règles et observances articulées autour d'un personnage central évoqué de multiples manières, en l'occurrence sous le visage de Satan.
Le Démon, quant à lui, est un être surnaturel, un esprit ou une force capable d'influer sur l'existence humaine, généralement de façon maléfique. Il est présent, sous des formes diverses et dans la plupart des religions. Le mot "démon" vient de l'ancien mot grec "daimon", qui désigne des êtres qui se situent entre les dieux et les hommes de par leurs pouvoirs spéciaux qui leur permettaient d'améliorer la vie des gens autant que de les châtier selon la volonté des dieux. C'est essentiellement dans l'Ancien Testament que l'on trouve des allusions à des êtres maléfiques ou encore des "esprits impurs". A partir du Moyen Age, les théologiens chrétiens avaient déjà établi une hiérarchie d'anges, associés à Dieu, et d'anges déchus, ou démons, dont Satan était considéré comme le premier ange déchu. Il faut ajouter aussi que les Pères de l'Eglise et le Nouveau Testament font mention "des" démons; la désignation de Satan par "démon" est récente.
En ce qui concerne le Diable, il représente dans les croyances chrétiennes, islamiques et hébraïques l'esprit suprême du mal qui règne depuis les temps immémoriaux sur un royaume d'esprits maléfiques et constamment en opposition avec Dieu. Le mot "diable" vient du grec "diabolos"(calomniateur) qui devint, en latin, "diabolus"; . Le terme fut utilisé dans la traduction grecque de la Bible, la version des Septante, non pour mentionner des êtres humains, mais pour traduire l'expression hébraïque ha-satan (le satan&), utilisée à l'origine comme le titre d'un espion errant au service de Dieu, rassemblant des renseignements sur les êtres humains lors de ses voyages terrestres. Comme certains aspects de cette figure céleste rappelaient des agents des services secrets des royaumes du Moyen-Orient, il n'est pas surprenant que le satan soit considéré comme un personnage qui cherche à créer la sédition là où elle n'existe pas et qu'on voie en lui un ennemi des êtres humains voulant les écarter de Dieu. Dans la tradition juive tardive et donc dans la pensée chrétienne primitive, le titre devint nom propre; on commença à considérer Satan comme un adversaire non seulement des hommes mais aussi et surtout de Dieu.
1.2 Le monde divin.
Afin de se repérer dans la multitude d'anges, démons et autres esprits divins, suit ci-après un schéma explicatif de la manière dont est organisée la population céleste.
Le monde divin est organisé par une hiérarchie céleste. Les démons comme les anges y ont leur place car ils ont été crées par Dieu. L'esprit du Mal est représenté par Bélial et est opposé à Dieu. Baal n'étant qu'un générique, il n'a pas été placé. En effet, ce nom n'est qu'une racine servant à former d'autre noms et signifiant "seigneur" dans les anciennes religions. Belzébuth, par exemple, signifie "seigneur des mouches". De plus, Baal était une divinité déjà vénérée avant que n'arrive le christianisme.
Bien entendu, il faut admettre dans ce diagramme qu'il y a deux entités en présence, l'une positive (l'esprit du Bien); l'autre, négative (l'esprit du Mal).




