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Première approche...

Première approche...
2. Première approche

2.1. Les origines du satanisme.

2.1.1. Dans les Ecritures.

Curieusement, la Bible nous offre deux perspectives bien différentes l'une de l'autre. Alors que Satan n'apparaît que bien fugitivement dans l'Ancien Testament, il est omniprésent dans le Nouveau. En tout cas, il est certain que le personnage n'occupe dans la Bible qu'une place mineure.

Dans l'Ancien Testament.
N'apparaissant de façon nette qu'au début du livre de Job et dans une vision du prophète Zacharie, il est décrit comme "appartenant au monde angélique" et joue un rôle de provocateur ou d'accusateur. Dans les deux cas, on suggère que Satan n'est qu'une créature angélique chargée d'accuser l'homme devant le tribunal divin. Mais le plus important est cette image de Satan, qui est de décharger Dieu de la responsabilité dans l'origine du mal.

Dans la littérature intertestamentaire.

Par ces termes on entend les écrits qui n'ont pas été retenu par les Canons et dont la période de rédaction va du II° siècle avant au II° siècle après J.-C.
Dans cette littérature on constate un véritable foisonnement d'anges et démons dans les divers écrits apocalyptiques dont c'est un des traits distinctifs. Les "sept cieux" se peuplent d'anges, archanges, anges de la Face et autres créatures divines. A partir des textes de tendance essénienne et ceux trouvée à Qumrân, une certaine symétrie entre deux types d'anges se forme: il y a celui du bien(le Prince des lumières) et celui du mal(l'Anges des ténèbres).
Dès lors, il faut situer les traditions sur l'explication de l'origine des démons ou la chute des mauvais anges. Dans certains textes de la Genèse il est question des "fils de Dieu", qui s'accouplèrent aux femmes humaines. Dans un autre, il est question de l'assimilation des fils de Dieu aux anges. Cette confusion amena les Pères de l'Eglise à adopter cette assimilation. Mais il y a un hic: comment des créatures célestes, immatérielles par définition, pourraient s'accoupler à des femmes humaines, tout ce qu'il y a de plus charnelles... Cela ne gêna pas outre les Pères et cette croyance resurgira maintes fois en des époques différentes et constituera même un des principaux fantasmes sur les créatures démoniaques.
D'autres explications existent aussi. D'après certains textes, lorsque Dieu créa l'homme à son image, il convoqua l'assemblé angélique et leur soumit l'idée. Mais toute l'assemblée n'acquiesça pas, l'idée d'obéir à des créatures inférieures les révoltaient. Ils devraient donc leur chute à l'orgueil et non, comme dans l'autre version, à leur désir sexuel.

Dans le Nouveau Testament.

Aussi dans le Nouveau Testament il y a prolifération de créatures célestes. Dans ce livre, le Satan se borne au rôle de tentateur et d'adversaire comme on l'observe dans les trois tentations de Jésus. En prenant cet exemple, on illustre le "mélange" qui se fait entre le Satan et le diable. Selon l'évangile de Matthieu, si Jésus a résisté aux tentations, c'est par son adhésion à la parole de Dieu. Or, dans l'évangile de Luc, il est fait allusion à une tentation autre: celle de se séparer de la volonté du Père. Ici le diable est pleinement rendu dans son rôle de séparateur (diabolos). D'où, dans le cas de Jésus, l'union du diable("séparateur") et du Satan("adversaire") en un seul personnage, Satan.

2.1.2. Dans l'Eglise au Moyen-Age.

L'Eglise, en tant que pouvoir, s'est largement appuyée sur l'imagerie diabolique pour asseoir son pouvoir en créant, par exemple, le purgatoire. C'était somme toute logique car lorsqu'un pouvoir devient puissant voire totalitaire, il se forge lui-même ses ennemis afin de préserver ses fidèles par la pression et la crainte. Il est observable que l'Eglise s'est librement inspirée de l'Evangile et l'a un peu adapté.
Alors que la vie monacale commençait à se développer au IV° siècle grâce à l'impulsion donnée par les Pères de l'Eglise, le démon allait faire une nouvelle apparition. Antoine le Grand(250-356), à qui on donne la paternité de cette nouvelle vie, fit nombres d'expériences d'approches démoniaques. Ces expériences et sa vie furent consignées plus tard par saint Athanase et nous sont donc parvenues. Ce livre eu un succès retentissant. L'intérêt qui réside dans cette biographie, est l'incroyable place qu'occupent les attaques de démons que saint Antoine fit tout au long de sa vie. Cette lutte, transmise par la biographie, allait être débattue, discutée et contribuerait à la propagation des idées sur les démons.
L'objectif de l'Eglise, au XV° siècle était de voir l'ensemble de la population soumise au christianisme en lui plaçant des contraintes telles que la mort et ses menaces de purgatoire ou, pire, de l'enfer. Cela s'est fait d'autant plus aisément que les ecclésiastiques eux mêmes étaient convaincus de la véracité de ces menaces.
Contrairement aux idées reçues, le Moyen Age n'est pas la période où le satanisme s'est le plus représenté. A cette époque, Satan était plus perçu comme un démon parmi les autres que comme l'incarnation du Mal. C'est vers le XVI° siècle que s'est manifesté pour la première fois la peur du Malin. En effet, c'est à ce moment là que se répand dans toute l'Europe la terrible "chasse aux sorcières". On peut se demander ce que l'on reproche à ces femmes. Nombre d'historiens se sont penchées sur la question et il en ressort que cette répression commence au XV° siècle, quand on accuse les sorcières de commettre le plus grave des crimes: s'allier au diable. On croit qu'elles ont passé un pacte avec lui, rédigé avec leur propre sang. Le sabbat entre dans les croyances populaires, avec ses sacrifices d'enfants. Comment sont nées de telles inventions? Sans doute dans l'imagination perverse d'intellectuels s'inspirant de très anciennes légendes et qui ont trouvé écho dans la population.

La machine à fabriquer des sorcières.

C'est l'Eglise qui pourchasse d'abord les sorcières, au moyen de l'Inquisition. En 1486 est édité par deux allemands le "Malleus Malificarum&", le "Marteau des sorcières" qui devient rapidement le manuel de base de la chasse aux sorcières. Mais très rapidement ce sont les tribunaux laïcs qui prennent le relais dans la persécution. Les femmes prises dans ces rouages n'ont aucune chance de s'en sortir. Soumise à "la question", elles sont torturées horriblement, jusqu'à avouer, même si elles sont innocentes. Elles en viennent à avouer tous les crimes dont on les accuse et donnent de indications qui seront conservées et serviront de bases au satanisme contemporain. Par ces aveux, la chasse continue et se propage.

Responsable de tous les malheurs.

"La sorcière date du temps du désespoir&". A la fin du XIV° siècle, au moment où commencent des temps difficiles, marqués par les épidémies et les mauvaise récoltes, les premiers bûchers s'enflamment. Pourtant au Moyen Age, celles qu'on appelle déjà sorcières, des femmes qui connnaissent l'usage de plantes et qui font office de guérisseuses sont tolérées et intégrées dans les villages. Mais dès le XIV° siècle, après avoir vécu dans un certain confort, le pays connaît une période de disette. En 1348, une épidémie de peste noire ravage la population. On cherche alors des coupables. A cette époque, les paysans forment la majorité de la population. Ils vivent dans un monde rustre, marqué par les superstitions. On s'en prend d'abord aux lépreux qu'on élimine. Puis aux Juifs, qu'on pourchasse ou massacre. Les premières chasses aux sorcières naissent dans les Alpes où se sont réfugiés les Juifs. On imagine une secte diabolique qui tente d'éliminer la chrétienté. Ses adeptes pratiquent des shabbats(le terme vient de "Shabbat", une fête juive). Dans l'imaginaire des paysans, la femme, influencée par le diable est à l'origine du mal. Il faudra attendre le XVI° siècle pour que la chasse aux sorcières cesse peu à peu en France. L'Eglise s'oppose alors à cette persécution. Des médecins et des intellectuels aussi. Enfin, en 1667, l'accusation de sorcellerie est abandonnée par les tribunaux. Les sorcières commencent alors une nouvelle carrière dans la littérature.

2.3. Les trois phase du satanisme.

Dans l'histoire du satanisme, on peut observer un développement cyclique qui
se déroule en trois phases.
Dans la première phase(XVII-XVIII° siècles), il apparaît des mouvements satanistes comme versions extrêmes de tendances et contradictions présentes dans les formes culturelles les plus répandues(tant laïque que religieuses). Il sont animés par ce qu'ils puisent au sein de la subcul ture occultiste et peu à peu, ils acquièrent une notoriété qui va au-delà de leur subculture d'origine.
Dans la deuxième phase(1821-1952), la culture et la religion reconnaissent l'existence de ces mouvements mais refusent de les reconnaîtrent comme étant le miroir de leurs propres contradictions. Leur réaction est de “criminaliser” le satanisme en exagérant sa portée et l'exorcise en le ridiculisant ou l'accablant de théories de complot fictifs. Dans cette phase, la scène est occupée par les antisatanistes qui parviennent à mobiliser de larges ressources sociales contre le danger du satanisme.
Dans la troisième phase(1952-1996), le mouvement d'antisatanisme qui jusqu'alors avait pris place se trouve en difficulté. En effet, il lui manque un adversaire clairement identifiable. Cela est explicable par le fait que les satanistes ont été mis dans l'impossibilité de combattre à armes égales et ont perdu de beaucoup leur visibilité sociale. De plus, pour continuer à mobiliser des ressources, les satanistes "repentis" utilisés par les antisatanistes doivent livrer des témoignages de plus en plus extrêmes au point de devenir peu crédibles. Le mouvement antisataniste perdant pied, de minorités dissidentes avec les formes culturelles dominantes renversent son discours sous des formes nouvelles d'intérêt positif pour le satanisme qui se réorganise donc au sein de la subculture occultiste et donne naissance à un processus nouveau.

# Posté le samedi 04 juin 2005 12:39

Modifié le mercredi 30 janvier 2008 19:44

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