Dès le XVII° et le XVIII° siècle apparurent çà et là en France les premiers matériaux qui allaient devenir la base du satanisme. Ces événements isolés ont surtout servi de matériaux qui seront réélaborés et réutilisés au XIX° siècle. Dès lors surviennent dans certains procès de sorcellerie et certains cas de possessions les éléments qui seront employés plus tard par le satanisme. On parle des satanistes dès le début du XVII° siècle, mis en relation avec les cas de possession diabolique "induite"(1). A partir de 1670 et au cours du XVIII° siècle, ces éléments incertains se précisent et apparaissent dans des affaires se situant aux origines du satanisme moderne. C'est ainsi que nous voyons naître en France, plus d'un siècle avant le début d'un mouvement sataniste proprement dit, la notion de messe noire, en Italie des gestes typiques des rituels sataniques, en Angleterre l'usage politique des débats sur le satanisme et en Russie une réhabilitation du Démon, phénomène qui se reproduira à des époques récentes.
La préhistoire du satanisme moderne se situe au XVII° siècle en France, bien que de nombreux auteurs maintiennent que le satanisme et même les messes noires ont des origines beaucoup plus anciennes. Dans certains milieux, on insiste sur le fait qu'un culte des divinités obscures et diaboliques est prouvé dès les temps les plus reculés. On retrouve un certain culte de Satan dans la sorcellerie et dans différents prodromes de la possession qu'il est important de distinguer avec précision du satanisme.
Le mot sorcellerie désigne un genre au centre duquel coexistent plusieurs espèces difficiles de caractériser; depuis les phénomènes médiévaux jusqu'à la néo-sorcellerie contemporaine, telle la Wicca(2) (International WitchCraft, l'association international des sorciers ). Au sens large, le mot sorcellerie désigne une ensemble de pratiques visant à assurer à celui qui les exécute un ascendant sur les personnes ou choses que le principe de causalité ne peut pas expliquer. Dans la néo-sorcellerie, il s'agit plutôt d'une auto-transformation psychologique. Dans la sorcellerie traditionnelle, qui persiste encore de nos jours, il s'agit plutôt de transformer d'autres personnes(en leur faisant préjudice, du bien ou en les amenant à changer d'attitude vis-à- vis du pratiquant). Les ennemis de la sorcellerie affirment que ces actes sont perpétrés grâce à un pacte avec le Diable ce qui implique son adoration. Mais les adeptes de la néo-sorcellerie démentent fermement et soutiennent que leur vénération s'adresse à des divinités préchrétiennes. En ce qui concerne les procès de sorcellerie au Moyen-Age, de la Renaissance et du XVII°, les cas diffèrent les uns des aux autres; les uns affirmant ne rien à voir avec le Démon, les autres fournissant moult descriptions détaillées de Sabbat, rite pendant lequel on vénérait le Démon. La thèse selon laquelle il s'agissait toujours de récits fantaisistes ou des conséquences inévitables des tortures de l'Inquisition trouve de moins en moins de partisans de nos jours. A cela, ajoutons la présence de dépositions spontanées et de témoignages pondérés qui appuient le fait que le Sabbat existait sous forme de réunions clandestines où se mêlaient toutes sortes d'éléments folkloriques de lointaines origines païennes. Il est important cependant de faire attention aux dates des récits qui ressemblent le plus à la messe noire des satanistes. En fait, ils datent pour la plupart du XVII° siècle, alors que les messes noires étaient déjà apparues dans le milieu satanistes. Dès lors, certains affirment que le satanisme représente une évolution par rapport à la sorcellerie populaire. D'après leur thèse, c'est quand la sorcellerie contamine la bourgeoisie urbaine qu'elle devient satanisme. Mais peut-être est-ce le contraire qui s'est passé: ce serait la sorcellerie rurale qui se serait inspirée des "mages" urbains.
A partir de Pierre de LANCRE, délégué du roi Henri IV et magistrat civil, un pas est franchi, le passage du Sabbat à la messe noire, de la sorcellerie au satanisme. Nous pouvons faire un schéma comparatif:
Le Sabbat
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_D' origine paysanne
_Rite fragmentaire et sauvage
_Le but n'est que le Sabbat en lui-même
_A la fois répétition de gestes anciens et fête des fous
La messe noire
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_ Phénomène bourgeois et nobiliaire
_Respect un rituel rigoureusement établi
_Vise des fins matérielles bien précises
_Soutenue par une idéologie typique de la subculture occultistes
Mais qui dit possession ne dit pas sorcellerie. La possession diabolique est très ancienne et apparaît déjà dans les Actes ainsi que le mot "exorkistes", qui désigne ici des exorcistes ambulants qui essaient assez maladroitement de faire un usage magique(et non religieux du nom)de Jésus.
C'est vers la fin du XVI° siècle que les procès de possession s'ajoutent à la liste des procès de sorcellerie et les remplacent en partie. Le cycle des possessions et des possédées semblerait donc bien confirmer que la possession n'a pas grand chose à voir avec le satanisme. Il est certain que les spécialiste de la sorcellerie regardaient d'un air soupçonneux les procès de possédées et conseillaient l'exorcisme mais, très souvent, ils s'arrêtaient là.
Au XVI° siècle, il arrive cependant que la possédée ait entamé une carrière d'adoration du Démon. Mais cela relève de rares cas exceptionnels. A ce sujet on peut citer le cas de la religieuse Jeanne FERY, de Mons. Celle-ci aurait été "envoyée au diable"; par son père. Du fait de cette malédiction, le diable et des démons vinrent la tourmenter dès son plus jeune âge et à 4 ans accepte le diable pour père. S'ensuivirent moult pactes entre eux, sacrifices, adorations. Heureusement, l'enfant fut exorcisée et la possession cessa. De ce cas, on voit qu'alors la scène est occupée par deux acteurs:
_le diable
_la possédée.
Le lien possession - sorcellerie n'est pas encore fait ce schéma restera en vigueur jusqu'au XVII° siècle.
En résumant, tous ces matériaux ne peuvent être utilisés par le satanisme car il manque toujours la figure de l'agent Satan, le sataniste-mage ou sataniste-sorcier; A partir du cas des Ursulines de Aix - en - Provence en 1611, la scène change et entre la troisième personne:
_elle(la possédée)
_lui(le diable)
_et l'autre (le sataniste sorcier dont le maléfice rend une personne originellement innocente possédée.
Le sataniste alors est souvent l'homme consacré à Dieu qui renverse sa fonction, devenant un agent du Démon: le prêtre. La présence du troisième personnage, de ce sataniste non-possédé lui-même mais qui rend possédé semble, pour l'époque, une innovation mais, surtout, une innovation promise à un grand avenir. Car le lien entre sorcellerie et possession se nouait petit à petit.
Bien que certains théologien catholiques actuels, qui croient cependant en la possession, nourrissent des doutes sur le fait que le sataniste pourrait provoquer la possession d'une tierce personne grâce à un pacte, cette possibilité est toutefois admises par certains exorcistes contemporains. Cependant l'intervention du sataniste(souvent un prêtre alors) est très importante dans le cas de Loudun. A Loudun, les possédées furent des Ursulines et le coupable fut l'homme qui a pouvoir sur les femmes possédées, le prêtre. La différence avec l'épisode relatif à Jeanne FERY saute aux yeux: le pacte avec le diable, à Loudun, n'est pas signé par l'une des possédées mais par le troisième personne, le prêtre. Plus que du diable, on doit ici plutôt parles des diables. Si Jeanne FERY fut assaillie par un groupe de démons; à Loudun, ça devient une véritable légions. Nombreux furent les soeurs Ursulines possédées par des Séraphins, Puissances, Dominations, etc. Les exorcismes devinrent un spectacle grâce ou à cause de Loudun. Et si Loudun est un des cas les plus intéressants, c'est parce que le XVII° siècle va générer nombres de pamphlets sur le sujet. Un tel déluge de littérature ne pouvait pas ne pas pénétrer dans l'imaginaire populaire.
Le premier procès de satanisme.
Le procès LA VOISIN est le premier cas de satanisme au sens contemporain du terme, même si deux éléments majeurs du satanisme font encore défaut: _une organisation structurée et hiérarchisée;
_ une idéologie.
Avec le procès LA VOISIN on sort du cycle rural de la sorcellerie et du Sabbat. En effet, nous sommes à la cour de Louis XIV. La VOISIN tenait une officine de cosmétiques et de remèdes. Dans le contexte d'intérêt pour les sciences occultes de l'époque, il est normal que les courtisanes les plus proches du roi firent le succès de LA VOISIN. En effet, dans la réalité elle vendait aussi des poisons, effectuait des avortements(vu l'atmosphère de la cour) et faisait des prédictions astrologiques. Mais dès 1672-1673, on commence à soupçonner d'autres choses quant à son office. Elle s'était mise à vendre des objets religieux. Plus tard, voyant que ce trafic, en plus des poudres et onguents, hosties consacrées qu'elle vendait à prix forts ne menait à rien, elle et des complices organisèrent le premier cycle durable de modernes messes noires qui, hasard des choses, débuta en 1666. Dès lors, on se situe au-delà des cas de possessions car le but d'une assemblée sataniste n'est pas de faire posséder. Au contraire, on se fixe déjà comme objectif d'organiser régulièrement des liturgies sataniques. En outre, c'est dans le cas LA VOISIN que naît l'expression "messe noire" et l'idée de réciter à l'envers la messe catholique pour la transformer en messe démoniaque prend un caractère technique introuvable dans les cas précédents. Mais ce cas à aussi la particularité de se dérouler dans un contexte totalement non religieux. A l'époque fut mis sur pied la "Commission de l'Arsenal" par la police laïque. Dotée de pouvoirs extraordinaires, elle était dirigée par le préfet Nicolas DE LA REYNIE et était char gée d'enquêter sur les cas de sorcellerie sur le territoire français.
(1)Cas de possession où la victime est possédée à cause d'un maléfice lancé par un sorcier en contact avec le Démon.
(2)Désigne aussi les convents qui préservaient la connaissance des forces subtiles. Wicca ou wicce(racine anglosaxonne, signifiant "plié", "modelé") d'où witch. Car ces convents savaient comment plier les forces invisibles selon leur volonté. Witch Craft: La sorcellerie, appelée aussi Ancienne religion, par rapport au christianisme. La Wicca actuelle pourrait être la Nouvelle religion.
