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Deuxième phase...

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4. Deuxième phase: Le satanisme classique(1821-1952).

4.1. Introduction.

La première phase voit réapparaître en France - précédée par une vague antisataniste qui fait suite à la Révolution française, que certains prenaient pour un complot des satanistes, et à la Restauration - des phénomènes qui avaient été observés au XVII° et XVIII° siècles mais qui avaient disparu sans laisser de traces marquantes. Dans les années 1870-1890, le satanisme devient petit à petit un mouvement social, petit et clandestin mais non insignifiant surtout en France et en Belgique. Cette phase du satanisme tourne autour de l'écrivain Joris-Karl HUYSMANS. Ce n'est pas un sataniste mais un romancier fasciné par cet univers. Son itinéraire permet de découvrir les rapports entre le satanisme et les deux culture dominantes de l'époque, la culture laïco-radicale et la culture catholique et permet de montrer les contradiction présentes tant dans le monde laïc et anticlérical que certaines franges mysticisantes de l'Eglise officielle.
La deuxième phase - celle où les vrai satanistes se retirent laissant a place à de vrais ou faux antisatanistes - tourne autour de la carrière de l'imposteur Léo TAXIL. Comprendre cette phase, c'est se demander quelles conditions permirent à un antisatanisme suspect et parfois ridicule d'être pris au sérieux jusque dans des milieux religieux et politiques au-dessus de tout soupçon.
La troisième phase commence avec la fin scandaleuse de la carrière de L. TAXIL en 1897. Puisque l'antisatanisme n'est plus respectable, on voit réapparaître des formes d'intérêt littéraire et artistique pour l'image du diable et pour des rituels comprenant quelques traces de satanisme qui s'étaient conservées dans la subculture occultiste. Un aspect intéressant est lié à la carrière magique d'Aleister CROWLEY. Il existe de bonnes raisons de croire que le célèbre occultiste anglais n'était pas un sataniste(au sens historique et sociologique, sinon au sens théologique, du terme), en dépit de tout un folklore contraire. Mais les on ne peut nier que CROWLEY a eu une influence décisive sur tous ceux qui, au XX° siècle, ont cherché à redécouvrir , sous une forme ou une autre, le satanisme. Il est très
différent du sataniste classique ne serait-ce qu'en raison de sa philosophie athée. Mais
son athéisme rempli de dieux ou de symboles offre des possibilités nouvelles au satanisme.
Ni CROWLEY ni son ami Gérald GARDNER - le fondateur de la néo-sorcellerie contemporaine - ne franchissent le pas qui mène de la subculture occultiste au satanisme. Cela dit, c'est dans le sillage de CROWLEY que l'on voit revenir un satanisme qui s'exprime d'abord dans la subculture artistique et littéraire. La fin tragique, en 1952, de PARSONS - personnage déjà très différent des satanistes du XIX° siècle - clôt l'époque "classique" du satanisme.

4.2 Une épidémie d'antisatanisme(1821-1870).

La Révolution française représente la fin d'un monde. A la "société simple", caractérisée par un consensus autour de la religion catholique succède la "société complexe", où les catholiques ne se sentent plus les seuls producteurs de culture, et où la culture catholique n'inspire plus, de toute façon, les institutions. Certains ont recours à la théologie ou à la métaphysique, interprétant la fin d'un monde comme la fin du monde. Satan revient en tant qu'acteur principal et cause occulte de la Révolution française. Mais il ne faut pas mélanger les auteurs catholiques qui parle de "magie noire" à propos de la Révolution sans faire de distinction entre causes premières et causes secondes, et les exaltées, selon lesquels une bande secrète de satanistes aurait dirigé les principaux événements de l'époque.
Parmi les premiers qui parlent de la Révolution française comme une oeuvre du Diable et un complot de satanistes, il faut mentionner le prêtre dijonnais J. B. FIARD(1736-1818). Il avait été un collaborateur estimé du "Journal Ecclésiastique". Les articles sur les satanistes et l'Illuminisme furent sous le titre "Lettres magiques" ou "Lettres sur le diable". En pleine tempête révolutionnaire, les "Lettres" connaîtront deux rééditions. En 1803, il publie son ouvrage principal, "La France trompée par les magiciens et démonolatres du XVIII° siècle, fait démontré par les faits". Il affirme que les prodiges des Illuminés et des magnétiseurs à la MESMER ne sont pas de causes naturelles. Leurs auteurs affirment qu'ils sont préternaturels; simplement ils ne sont pas causées par Dieu ou les anges mais par le Diable. A cela , il ajoute les ventriloques, les cartomanciens, les devins, etc. comme étant des satanistes. Mais ce ne sont pas seulement ces personnages qui font partie de la grande conspiration, il faut chercher plus haut, jusqu'à la Cour où la faiblesse de LOUIS XVI ne peut être expliquée que par un envoûtement. Comme de nombreux catholiques bouleversées par la Révolution, FIARD avoue son désarroi. Tout s'explique selon lui, si l'on considère la Révolution comme le fruit d'une conspiration de satanistes. Les dernières pages de l'ouvrage de FIARD sont apocalyptiques. FIARD, comme d'autres, annonce qu'il est le temps de l'existence de faiseurs de prodiges, des précurseurs de l'Antéchrist qui sera lui-même le plus grand des magiciens. Cette prophétie sur l'avènement de l'Antéchrist sera l'une des raisons de succès de l'ouvrage.
Un autre écrivain qui a marqué cette période fut A.-V.-C. BERBIGUIER(1746-1842). S'il est certain que FIARD eut des lecteurs qui l'appréciaient et des partisans, BERBIGUIER, en revanche, écrivit un livre en 1821 que très peu de gens approuvèrent mais que de nombreuses personnes ont lu. Son livre s'intitule "Les farfadets, ou tous les démons ne sont pas de l'autre monde. On sait qu'en français "farfadet" est synonyme de "lutin" mais pour lui, les farfadets sont "le corps secret d'élite" de Belzébuth. Dans son oeuvre, qui fait la bagatelle de 1500 pages au total, répartie sur 3 volumes, il est évident que les farfadets sont des hommes mais des hommes devenus des agents du Démon et des satanistes.L'ouvrage de BERBIGUIER s'ouvre sur une partie érudite, un "Discours préliminaire" qui semble avoir été écrit par F. V.; RASPAIL et J.-B.-P. BRUNET qui auraient corrigé le manuscrit de BERBIGUIER pour lui donner une forme littéraire et qui déclare que le monde est "inexplicable pour les hommes s'ils n'admettent l'existence de deux génies, celui du bien et celui du mal". Suivent un recueil de textes démonologiques anciens et modernes et certaines conclusions. Le premier tome est une sorte d'autobiographie de BERBIGUIER où il raconte ses tourments et les attaques qu'il subit de la part des farfadets. Il consulte un grand nombre de médecins et arrive finalement chez le fameux médecin P. PINEL(1745-1826) qui le soigne par des placebos et d'étranges cérémonies. Mais il finira par croire que tous les médecins sont des farfadets. Ensuite il se liera d'amitié pour un jeune moine défroqué, un certain Etienne PRIEUR, qui se moquera souvent de lui. Et BERBIGUIER continue sa lutte contre les farfadets.
Le deuxième et le troisième tome ne sont qu'en partie répétition du premier même s'il y a certaines fautes de chronologie. Le deuxième tome est plutôt consacré à une certaine hiérarchie démoniaque et à une répartition des pouvoirs maléfiques sur le monde. De plus, il y raconte les pouvoirs magiques des farfadets et les tours qu'ils jouent aux hommes. Ce deuxième tome met aussi en scène les pouvoirs polymorphes de ceux-ci; qu'il est normal d'écraser des animaux, tels les puces, chats, blattes, etc. car ils sont des farfadets potentiels.
Dans son troisième tome, il passe en revue l'histoire sainte démontrant que tous les ennemis du genre humain, depuis Caïn jusqu'aux responsable de la condamnation à mort de Jésus, sont des farfadets et des satanistes.
Enfin, dans ces deuxième et troisième tomes, BERBIGUIER ne se contente pas de raconter ses malheurs. Il répond et contre-attaque. Ils illustrent amplement les remèdes avec lesquels il se lance à l'assaut des farfadets et qui d'ailleurs sont efficaces et recherchés.
Aujourd'hui, certains avancent l'hypothèse que les farfadets ne sont que le produit d'une mystification due à RASPAIL et BRUNET. Quoi qu'il en soit, il est dérisoire de savoir si BERBIGUIER a été ou non l'auteur matériel des trois tomes de son livre, qui semblent quand même lui appartenir. En ce qui concerne leur influence, il est suffisant que les contemporains l'aient cru. Dans les milieux amateurs de sciences occultes et celui des satanistes, il n'y a pas d'unanimité pour soutenir que ce qu'il a écrit est sans fondement, au contraire. Tel est le cas d'un occultiste sérieux et fameux comme Stanislas de GUAITA(1861-1897), qui est aux origine de l'Ordre kabbalistique de la Rose+Croix. D'ailleurs, son livre "Le Temple de Satan" évoque longuement BERBIGUIER. Ce qui est étonnant selon lui, c'est que "ce maniaque sans lettres étranger aux théories scientifiques de la Kabbale ait eu l'intuition des véritables armes propres à dissoudre ces farfadets". Nous retrouvons ici l'étrange solidarité entre anti-occultiste et occultistes. A l'autre extrême, les anti-occultistes à la FIARD, les théoriciens du complot satanique ne pouvaient que tomber d'accord avec BERBIGUIER. Lorsque les antisatanistes sérieux voudront décrire les pratiques extraordinaires des satanistes, ils serviront de BERBI GUIER.
Egalement significatif est le traitement réservé à BERBIGUIER par Jules BOIS, ce journaliste passionnée de l'occulte. De GUAITA et BOIS n'étaient pas amis et se haïssaient mais leur interprétation de BERBIGUIER: le malheureux auteur des "Farfadets" était bien persécutés par des puissances occultes.
On le constate: le milieu occultistes - jusqu'en la personne de l'un de ses représentants comme BOIS, lu dans le monde catholique et qui a influencé ce monde - a continué, tout au long du XIX° siècle à prendre BERBIGUIER, d'un certain point de vue du moins, au sérieux.

# Posté le samedi 04 juin 2005 13:02

Modifié le mercredi 08 juin 2005 12:29

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