Deuxième phase (suite 2/10) - Gougenot...

Deuxième phase (suite 2/10) - Gougenot...
La "Pneumatologie" est un livre rare et énorme, il est donc compréhensible que de nombreux lecteurs de l'époque furent découragés des lire cette oeuvre. Toutefois, un des élèves de MIRVILLE, soucieux de divulgation, reprit ses idées. Cet homme est le chevalier Henri-Roger GOUGENOT des Mousseaux. Dans son livre publié en 1863 "Les médiateurs et les moyens de la magie", il tente de prouver que le Démon a été sans cesse en relation avec les hommes. En 1864 - année qui marque peut-être le point culminant de la campagne catholique contre le satanisme - GOUGENOT publie "Les hauts phénomènes de la magie" où il soutient que le satanisme, le vampirisme, etc. existent aussi dans la France de son temps. Il y retrace l'histoire de la magie et de l'évocation des esprits, démontrant que l'on trouve toujours le diable à l'origine des arts magiques et donc que la magie ne peut être bénéfique. Il est intéressant de souligner que, pour GOUGENOT, le diable est à l'oeuvre derrière les sciences occultes mais que ceux qui les pratiquent, en général, ne la savent pas. Sa thèse est qu'on peut faire partie de "l'Eglise démoniaque" sans le savoir.
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# Posté le samedi 04 juin 2005 13:08

Modifié le lundi 06 juin 2005 07:41

Deuxième phase (suite 3/10) - Bizouard...

En 1864 parait un ouvrage qui se propose d'étudier les rapports de l'homme avec le Démon. C'est l'avocat Joseph BIZOUARD(1797-1870) qui le publie dans un ouvrage en 6 tomes qui compte au total quelques 4000 pages. Son enquête sur le satanisme est la plus vaste qui ait jamais été faite et sans doute qu'une semblable étude ne sera jamais faite. Il revoit les théories de GORRES, qui "vogue en plein magnétisme" et qui par ses explication naturalistes "s'est fait trop souvent l'adversaire de la mystique chrétienne". Il reconsidère aussi les procès de sorcellerie où il affirme que les juges(plus souvent laïques qu'ecclésiastiques au XVII° siècle) n'étaient pas trop incrédules mais, parfois, trop prudents. Il établit par la même une définition du satanisme: "Entretiennent un commerce avec le diable - souvent implicite, mais plus fréquemment qu'on ne croit conscient - tous ceux qui accomplissent des prodiges non explicables par des causes naturelles qui en même temps ne professent pas la vraie doctrine, à savoir la doctrine catholique".
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# Posté le samedi 04 juin 2005 13:15

Modifié le lundi 06 juin 2005 07:40

Deuxième phase (suite 4/10)...

Deuxième phase (suite 4/10)...
La campagne antisataniste de GOUGENOT et BIZOUARD dont MIRVILLE a été le devancier, porte à son point culminant l'activité des antisatanistes de la première moitié du XIX° siècle et permet de tirer des conclusions. La véritable épidémie d'antisatanisme qui parcourt la France entre le début du siècle et les années 1860 s'explique par deux événements qui ont marqué l'imagination des catholiques français: la Révolution d'abord et la diffusion du spiritisme ensuite. Soulignons aussi qu'il ne s'agit pas d'un phénomène spécifiquement français: l'idée d'une origine diabolique du spiritisme apparaît pour la première fois sous forme systématique aux Etats-Unis dans des milieux tant protestants que catholiques. De plus, au fil des ans, le choix des adversaires se précise: FIARD privilégie les révolutionnaires, accordant une place importante mais secondaire aux Illuminés, précurseurs de l'occultisme et du spiritisme; mais GOUGENOT et BIZOUARD finissent par voir dans les spirites les principaux agents - en même temps que les principales victimes - du diable.
Les polémiques antisataniste des années 1860 léguaient toutefois au décennies à venir un matériau immense. C'est aussi durant ces années, pendant lesquelles GOUGENOT et BIZOUARD écrivent, que les satanistes au sens le plus strict et le plus rigoureux du terme font vraiment leur apparition en France. Mai pour connaître leur activités, il fallait fréquenter les bas-fonds de l'occulte avec une attention ambiguë et parfois complice. Ceux qui s'apercevront de la renaissance d'un satanisme ne seront donc pas les antisatanistes professionnels, ce seront les explorateurs de l'occulte, qui agiront à l'enseigne d'un "catholicisme de marge", comme BOULLAN et VINTRAS, des journalistes prêts à fréquenter mages et sorciers, comme Jules BOIS et des lettrés comme HUYSMANS.
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# Posté le samedi 04 juin 2005 13:17

Modifié le lundi 06 juin 2005 07:40

Deuxième phase (suite 5/10) - Autour de Huysmans...

Deuxième phase (suite 5/10) - Autour de Huysmans...
4.4. Autour de Huysmans.

La deuxième moitié du XIX° siècle est une période où "le satanisme pur, avoué et militant se montre actif de façon inattendue". De nombreux écrivains de l'époque s'intéressent au satanisme et ceux qui prennent des poses satanisantes ne sont pas rares. Mais c'est en vain que l'on chercherait le vrai sataniste parmi eux. Le vrai sataniste vit plutôt dan le secret, ne laisse pas de traces écrites, ne se présente pas comme tel. Il existe quelques possibilités de l'identifier mais il faut pour cela se salir les mains à travers des enquêtes sur le terrain et des fréquentation douteuses. C'est ce que cherchera à faire HUYSMANS quand il décidera d'écrire un roman sur le satanisme. Il pourra toutefois utiliser des matériaux préexistants: les archives de deux prêtres condamnées comme hérétiques, VINTRAS et BOULLAN, et les enquêtes journalistiques de son ami Jules BOIS.
VINTRAS et BOULLAN ont eu un rapport ambigu avec le satanisme. Ils se sont présentés à leurs fidèles à la fois comme des victimes des satanistes et comme les seuls détenteurs des secrets pour les combattre. On les a même soupçonné de commerce avec le Démon. Mais l'hérésie de VINTRAS et BOULLAN doit être replacée dans le climat du catholicisme de l'époque, encore perturbé par la Révolution française et la fin de l'ancienne société. Il y a en ces temps des thèmes apocalyptiques qui règnent: la fin du monde, le début du "troisième règne", l'avènement de l'Antéchrist... Tous ces thèmes étaient encore populaires comme du temps de FIARD. Cette époque est pour, une large part, indéchiffrable. Mystères authentiques et perversions hétérodoxes, hérésie et sainteté s'enchevêtrent, sans qu'il soit toujours facile de savoir où passent les lignes de démarcation. De ce point de vue, on peut citer l'écrivain Léon BLOY(1846-1917) d'où émanait une spiritualité chrétienne élevée mais aussi partisan des prophéties les plus douteuses. Il fut d'ailleurs accusé, sinon de satanisme, de luciférisme.
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# Posté le samedi 04 juin 2005 13:21

Modifié le lundi 06 juin 2005 07:40

Deuxième phase (suite 6/10) - Vintras et Boullan...

Deuxième phase (suite 6/10) - Vintras et Boullan...
Vintras et Boullan.
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Eugène VINTRAS(1807-1875), très tôt, fut marqué dans sa vie. En effet, à Tilly, près de Caen, il eut une apparition de l'archange Michel. Dès lors, il fonda l'"Oeuvre de la Miséricorde", où les membres étaient plus que des homme mais des anges venus s'incarner sur Terre pour la dernière bataille. Pour eux, il fallait combattre les satanistes par tous les moyens, dont certains forts singuliers. Ce combat se déroulait aussi sur un plan métaphysique, à travers des hosties miraculeuses que VINTRAS avaient consacrées. A cette période, il s'intéresse aussi, mais prudemment, au monde l'occultisme et amasse quantité d'informations. Les documents qu'il recueille sont souvent des descriptions de messes noires généralement souvent assez détaillées que pour être fiables. Il se consacrait, lit-on dans ses archives, aussi lui-même à des rites en vue d'attaquer les satanistes et, ce qui est particulier, c'est qu'il y eut des cas où effectivement des réactions furent observées et consignées. Bien entendu, ces aventures pourraient être rangées dans la catégorie des divagations et en conclure qu'elles nous en disent plus sur la santé mentale de VINTRAS que sur les activités des satanistes. Ses archives sont trop riches pour que l'on se contente d'une pareille conclusion. Naturellement, il serait aussi absurde aussi de le croire capable d'influencer des action à distance mais dans sa mégalomanie, il usait de matériaux que ses lecteurs recueillaient soigneusement parmi la faune occultiste de l'époque. A sa mort, il tomba pratiquement dans l'oubli mais on reparla de lui lors de l'apparition de la Vierge à Tilly, en 1986, fait qu'il avait prédit tout au long de sa carrière.
Joseph-Antoine BOULLAN(1824-1893) était un personnage très différent de VINTRAS. Ce dernier était un paysan autodidacte; BOULLAN, un prêtre cultivé qui avait fait partie, durant quelques années, de la congrégation des Missionnaires du Précieux Sang. Il semble qu'il ait reçu à Rome le titre de docteur en théologie. Il était un collectionneur de prophéties mais n'en avait pas moins fait ses débuts comme théologien mystique d'une certaine valeur. Après sa rupture avec les Missionnaires du Précieux Sang, en 1854, la passion de BOULLAN pour le merveilleux commence à prendre des formes extrêmes. En 1856, il fait la connaissance à La Salette d'une soeur belge, Adèle CHEVALIER. Ensemble ils fonderont un ordre religieux masculin et féminin voué à la Réparation. En 1859, ils tentent de mettre sur pied une "Oeuvre de la Réparation" et BOULLAN commence à s'intéresser au Démon, le présentant comme responsable des maladies inguérissables, qui ne pourront précisément être guéries que par l'intervention des fidèles consacrés à la Réparation. Ses méthodes, pour le moins étranges et perverses, évidemment ne pourront toujours être efficaces et il se retrouve en difficultés avec les tribunaux civils. Envoyé en prison jusqu'en 1864, il rédige une confession de 14 pages contenue dans le "Cahier Rose" et destinée au Saint-Office. Ce carnet contient une description des remèdes de la Réparation et des perversions sexuelles. Ce cahier parviendra à HUYSMANS par l'intermédiaire de la collaboratrice de BOULLAN, madame Julie THIBAULT. Mais il est probable que les pires perversions de BOULLAN sont postérieures au "Cahier Rose" de 1869. En 1875, il entre en contact avec VINTRAS et se déclare son disciple. Dès lors, Rome profite de l'occasion pour le suspendre et l'excommunier. Séparé de l'Eglise, BOULLAN se fixe désormais pour but de se faire reconnaître comme successeur de VINTRAS, qui vient de mourir en cette même année 1875. Ce que BOULLAN savait vraiment du satanisme venait donc à la fois de sa lecture des documents recueillis par VINTRAS et de ses excursions dans les cercles les plus douteux de l'occultisme parisien. Cela dit, parmi les occultistes, il ne s'était pas fait que des amis. Stanislas de GUAITA, qui n'avait pas encore trente ans mais qui était déjà fameux comme occultiste, lança sur les traces de BOULLAN son secrétaire, Oswald WIRTH(1860-1943), qui s'infiltra avec succès dans le milieu boullaniste. GUAITA et ses amis ne se scandalisaient pas facilement et connaissaient d'ailleurs les traditions sexuelles. Mais ce que WIRTH apprit de BOULLAN et de ses disciples dépassait leur imagination. La doctrine de la Réparation, en effet, était devenue encore plus extrême: désormais, il s'agissait de combattre non seulement les satanistes mais le diable en personne!
A la fin de l'année 1886, BOULLAN s'aperçoit que WIRTH n'est pas celui qu'il prétend être et prend ses distances. En mai 1887, GUAITA condamne BOULLAN comme "sorcier et fauteur d'une secte immonde". Mais quelle peine correspondait à cette condamnation? Pour BOULLAN aucun doute: il s'agit d'une condamnation à mort que GUAITA et ses amis, qu'il prend(à tort) pour des satanistes, entendent exécuter par des moyens magiques. Dès lors ses nuits sont troublées et il fait mander Julie THIBAULT à ses côtés et usera aussi d'une autre aide précieuse: les hosties consacrées que VINTRAS avait autrefois utilisé contre les satanistes. HUYSMANS a raconté quelques-uns de ces épisodes où BOULLAN était attaqué. Bien entendu, la peine, pour GUAITA et ses amis, était plus modeste et moins magique: elle consistait à rendre publique les lettres et les documents recueillis per WIRTH dans un livre que GUAITA publie en 1891(livre déjà évoqué à propos du jugement qu'il porte sur BERBIGUIER), "Le Temple de Satan". BOULLAN n'apporte pas d'éléments particulièrement originaux en ce qui concerne la question du satanisme français dans la seconde moitié du XIX° siècle. Sa vision du combat entre satanistes et antisatanistes dérive de VINTRAS. Il n'en est pas pour le moins important car, d'une part, il est celui par qui les archives et les idées de VINTRAS arrivent jusqu'à HUYSMANS, et d'autre part, obsédé par l'idée de combattre les satanistes, il finira, en prétendant leur donner un autre sens, certaines de leurs pratiques. Il n'était pas un sataniste conscient et croyait au contraire, de manière paradoxale et perverse, combattre le satanisme. Un théologien pourrait en conclure qu'avec ces pratiques les satanistes et les soi-disant antisatanistes donnent au diable la même satisfaction.

# Posté le samedi 04 juin 2005 14:54

Modifié le lundi 06 juin 2005 07:40