Vintras et Boullan.
--------------------
Eugène VINTRAS(1807-1875), très tôt, fut marqué dans sa vie. En effet, à Tilly, près de Caen, il eut une apparition de l'archange Michel. Dès lors, il fonda l'"Oeuvre de la Miséricorde", où les membres étaient plus que des homme mais des anges venus s'incarner sur Terre pour la dernière bataille. Pour eux, il fallait combattre les satanistes par tous les moyens, dont certains forts singuliers. Ce combat se déroulait aussi sur un plan métaphysique, à travers des hosties miraculeuses que VINTRAS avaient consacrées. A cette période, il s'intéresse aussi, mais prudemment, au monde l'occultisme et amasse quantité d'informations. Les documents qu'il recueille sont souvent des descriptions de messes noires généralement souvent assez détaillées que pour être fiables. Il se consacrait, lit-on dans ses archives, aussi lui-même à des rites en vue d'attaquer les satanistes et, ce qui est particulier, c'est qu'il y eut des cas où effectivement des réactions furent observées et consignées. Bien entendu, ces aventures pourraient être rangées dans la catégorie des divagations et en conclure qu'elles nous en disent plus sur la santé mentale de VINTRAS que sur les activités des satanistes. Ses archives sont trop riches pour que l'on se contente d'une pareille conclusion. Naturellement, il serait aussi absurde aussi de le croire capable d'influencer des action à distance mais dans sa mégalomanie, il usait de matériaux que ses lecteurs recueillaient soigneusement parmi la faune occultiste de l'époque. A sa mort, il tomba pratiquement dans l'oubli mais on reparla de lui lors de l'apparition de la Vierge à Tilly, en 1986, fait qu'il avait prédit tout au long de sa carrière.
Joseph-Antoine BOULLAN(1824-1893) était un personnage très différent de VINTRAS. Ce dernier était un paysan autodidacte; BOULLAN, un prêtre cultivé qui avait fait partie, durant quelques années, de la congrégation des Missionnaires du Précieux Sang. Il semble qu'il ait reçu à Rome le titre de docteur en théologie. Il était un collectionneur de prophéties mais n'en avait pas moins fait ses débuts comme théologien mystique d'une certaine valeur. Après sa rupture avec les Missionnaires du Précieux Sang, en 1854, la passion de BOULLAN pour le merveilleux commence à prendre des formes extrêmes. En 1856, il fait la connaissance à La Salette d'une soeur belge, Adèle CHEVALIER. Ensemble ils fonderont un ordre religieux masculin et féminin voué à la Réparation. En 1859, ils tentent de mettre sur pied une "Oeuvre de la Réparation" et BOULLAN commence à s'intéresser au Démon, le présentant comme responsable des maladies inguérissables, qui ne pourront précisément être guéries que par l'intervention des fidèles consacrés à la Réparation. Ses méthodes, pour le moins étranges et perverses, évidemment ne pourront toujours être efficaces et il se retrouve en difficultés avec les tribunaux civils. Envoyé en prison jusqu'en 1864, il rédige une confession de 14 pages contenue dans le "Cahier Rose" et destinée au Saint-Office. Ce carnet contient une description des remèdes de la Réparation et des perversions sexuelles. Ce cahier parviendra à HUYSMANS par l'intermédiaire de la collaboratrice de BOULLAN, madame Julie THIBAULT. Mais il est probable que les pires perversions de BOULLAN sont postérieures au "Cahier Rose" de 1869. En 1875, il entre en contact avec VINTRAS et se déclare son disciple. Dès lors, Rome profite de l'occasion pour le suspendre et l'excommunier. Séparé de l'Eglise, BOULLAN se fixe désormais pour but de se faire reconnaître comme successeur de VINTRAS, qui vient de mourir en cette même année 1875. Ce que BOULLAN savait vraiment du satanisme venait donc à la fois de sa lecture des documents recueillis par VINTRAS et de ses excursions dans les cercles les plus douteux de l'occultisme parisien. Cela dit, parmi les occultistes, il ne s'était pas fait que des amis. Stanislas de GUAITA, qui n'avait pas encore trente ans mais qui était déjà fameux comme occultiste, lança sur les traces de BOULLAN son secrétaire, Oswald WIRTH(1860-1943), qui s'infiltra avec succès dans le milieu boullaniste. GUAITA et ses amis ne se scandalisaient pas facilement et connaissaient d'ailleurs les traditions sexuelles. Mais ce que WIRTH apprit de BOULLAN et de ses disciples dépassait leur imagination. La doctrine de la Réparation, en effet, était devenue encore plus extrême: désormais, il s'agissait de combattre non seulement les satanistes mais le diable en personne!
A la fin de l'année 1886, BOULLAN s'aperçoit que WIRTH n'est pas celui qu'il prétend être et prend ses distances. En mai 1887, GUAITA condamne BOULLAN comme "sorcier et fauteur d'une secte immonde". Mais quelle peine correspondait à cette condamnation? Pour BOULLAN aucun doute: il s'agit d'une condamnation à mort que GUAITA et ses amis, qu'il prend(à tort) pour des satanistes, entendent exécuter par des moyens magiques. Dès lors ses nuits sont troublées et il fait mander Julie THIBAULT à ses côtés et usera aussi d'une autre aide précieuse: les hosties consacrées que VINTRAS avait autrefois utilisé contre les satanistes. HUYSMANS a raconté quelques-uns de ces épisodes où BOULLAN était attaqué. Bien entendu, la peine, pour GUAITA et ses amis, était plus modeste et moins magique: elle consistait à rendre publique les lettres et les documents recueillis per WIRTH dans un livre que GUAITA publie en 1891(livre déjà évoqué à propos du jugement qu'il porte sur BERBIGUIER), "Le Temple de Satan". BOULLAN n'apporte pas d'éléments particulièrement originaux en ce qui concerne la question du satanisme français dans la seconde moitié du XIX° siècle. Sa vision du combat entre satanistes et antisatanistes dérive de VINTRAS. Il n'en est pas pour le moins important car, d'une part, il est celui par qui les archives et les idées de VINTRAS arrivent jusqu'à HUYSMANS, et d'autre part, obsédé par l'idée de combattre les satanistes, il finira, en prétendant leur donner un autre sens, certaines de leurs pratiques. Il n'était pas un sataniste conscient et croyait au contraire, de manière paradoxale et perverse, combattre le satanisme. Un théologien pourrait en conclure qu'avec ces pratiques les satanistes et les soi-disant antisatanistes donnent au diable la même satisfaction.